De Chancay à Shanghai
L’inauguration, le 14 novembre 2024, du port de Chancay, une entreprise conjointe entre le Pérou et la Chine, a finalement amené l’initiative « la Ceinture et la Route » aux Amériques. Qu’implique la construction du plus grand port en eau profonde d’Amérique du Sud ?
Situé sur la côte pacifique du Pérou, à 80 km au nord de sa capitale Lima, le méga-port de Chancay sera la porte d’entrée pour le commerce et les investissements chinois et asiatiques en plein essor au Pérou et dans toute l’Amérique du Sud. Ce projet de 3,4 milliards de dollars, dont environ 1,3 milliard a déjà été dépensé, créera 8000 emplois directs et générera à terme 4,5 milliards de dollars de recettes annuelles pour le Pérou.
Dans sa première phase, qui a été achevée, le port peut traiter environ 1,5 million de conteneurs EVP par an (EVP, ou équivalent vingt pieds, l’unité standard utilisée dans le transport maritime par conteneurs), sur des navires dont la taille peut atteindre 18 000 EVP.
Mais lorsque l’ensemble du projet portuaire sera achevé, en 2032, ce chiffre devrait passer à 6 millions d’EVP par an, transportés sur des navires de 24 000 EVP, les plus grands du monde, appelés « Ultra Large Container Vessels » (ULCV).
Le quai de Chancay, d’une longueur de 1,5 km, comprendra deux postes d’amarrage pour les porte-conteneurs et deux pour les vraquiers, ainsi que des installations Ro-Ro (roll on, roll off). Un tunnel de 2 km le relie à la terre ferme et, de là, il sera connecté aux infrastructures routières et ferroviaires qui seront construites pour le relier à l’ensemble de l’Amérique du Sud.
Avec une profondeur maximale de 17,8 mètres, Chancay est le port le plus profond d’Amérique du Sud. Il est donc désormais possible d’assurer un transport maritime direct entre Chancay et Shanghai, tous deux pouvant accueillir des ULCV. Le seul autre port de toute la côte pacifique de l’Amérique du Nord et du Sud pouvant accueillir des ULCV est Long Beach, en Californie, mais il est déjà très encombré et connaît d’importants retards logistiques.
Avec la mise en service de Chancay, les navires qui quittent actuellement le Pérou en passant par Long Beach pourront désormais voguer directement vers Shanghai et d’autres ports asiatiques.
Comme l’a récemment expliqué le ministre péruvien des Transports, Raúl Pérez,
nous aurons des routes directes vers l’Asie, en particulier vers la Chine, ce qui réduira [le temps de transport] de 10, 15, voire 20 jours, par rapport aux 35 à 40 jours actuels.
Cela diminuera d’au moins 25 % le délai moyen d’expédition entre le Pérou et Shanghai, se traduisant par une augmentation très significative de la productivité globale. Cette augmentation sera d’autant plus importante que Chancay est un « port intelligent », doté d’une technologie de pointe et d’installations automatisées pour un chargement et un déchargement très efficaces des cargaisons - des technologies dont les Chinois sont les leaders mondiaux.
Alan Fairlie, expert en grands projets, estime que « les ports automatisés peuvent augmenter la productivité d’environ 50 % ». Chancay est littéralement à mi-chemin du monde depuis Shanghai, soit une distance d’un peu plus de 17 000 km à vol d’oiseau (voir carte).
Des travaux de planification et de construction sont en cours pour le relier aux infrastructures routières et ferroviaires s’étendant au nord et au sud, le long de la côte péruvienne, ainsi qu’à l’est de Chancay, vers le reste de l’Amérique du Sud.
Plus précisément, il est prévu de connecter le corridor ferroviaire bi-océanique, prévu pour relier la côte pacifique du Pérou à la côte atlantique du Brésil, au port de Santos, proche de São Paulo. (D’autres itinéraires ferroviaires transcontinentaux viables sont à l’étude, dont certains traversent également des pays voisins, comme la Bolivie.)
Santos est un port qui a également besoin d’une modernisation majeure : il ne peut accueillir que des porte-conteneurs d’une taille maximale de 11 000 EVP. Avec ce projet ferroviaire, l’impact physico-économique de Chancay sera encore plus important, le transformant en plaque tournante pour toute l’Amérique du Sud dans ses échanges avec le bassin Asie-Pacifique. ▪