Accord Etats-Unis - UE

Comment Trump rançonne ses « alliés »

samedi 13 septembre 2025

Au lieu des 30 % annoncés, Washington a imposé un plafond de 15 % sur la plupart des exportations européennes, un niveau bien supérieur aux conditions préexistantes. Cela concerne des secteurs importants de l’industrie européenne, comme l’automobile, les semi-conducteurs ou les produits pharmaceutiques. Les surtaxes de 50 % sur l’importation d’acier et d’aluminium aux Etats-Unis restent en place, tandis que l’UE ouvre ses marchés aux produits industriels américains avec zéro droit de douane…

De lourdes contreparties

Surtout, l’UE s’est engagée à acheter pour 750 milliards d’énergie américaine (gaz naturel liquéfié, pétrole et produits énergétiques nucléaires), à investir pour 600 milliards aux États-Unis d’ici à 2029 et à augmenter ses achats de matériel militaire américain. Autant pour l’indépendance stratégique et diplomatique de l’Europe ! Von der Leyen aurait-elle utilisé l’économie européenne comme monnaie d’échange dans une tentative de retrouver un soutien américain pour les jusqu’au-boutistes de la Coalition des volontaires qui veulent prolonger la guerre en Ukraine ?

Importations de biens et services américains (en rouge) dans l’Union européenne et exportations européennes (en bleu) vers les Etats-Unis (source : www.consilium.europa.eu).

Un accord qui ne règle rien

Toujours est-il que cet accord n’est pour l’instant que politique et reste à appliquer par les différents Etats-membres et au niveau du Parlement européen, dont le soutien est loin d’être assuré, comme l’explique Frédéric Rohart dans le journal belge L’Echo du 8 septembre.

Enfin, la « stabilité commerciale » promise par cet accord semble s’évanouir alors que Trump a pris prétexte de la réglementation européenne sur le numérique pour menacer d’augmenter à nouveau les droits de douane.

De l’autre côté du monde

Pendant que les technocrates européens se racontent leur fable d’une UE indépendante, tout en se soumettant sans vergogne au maître anglo-américain, des pays tels que le Brésil, la Chine ou l’Inde, eux aussi ciblés par la guerre commerciale de Trump, ont décidé de résister.

Dans une grossière tentative d’ingérence, le président américain a massivement augmenté les droits de douane sur les produits brésiliens et imposé des sanctions contre le juge chargé de l’affaire, en vue de forcer le pays à stopper les poursuites pénales contre l’ex-président Bolsonaro ! « Ce n’est pas un gringo qui va donner des ordres au président de la République » a lâché Lula à la mi-juillet. L’Inde est également sous pression : Washington veut la contraindre à ouvrir davantage son marché agricole et à renoncer au pétrole russe. Malgré la hausse à 25 % des droits de douane imposés par Trump, Modi n’a pas cédé non plus, se rapprochant au contraire de Beijing et de Moscou… Un petit aperçu de l’énorme changement en cours dans l’ordre international, où réside aussi l’avenir des peuples occidentaux, pourvu qu’ils ouvrent les yeux !<carre|>