Ukraine et crise de la santé US

Ce qu’espère Kennedy en rejoignant Trump

mercredi 18 septembre 2024

Trump accueillant Robert F. Kennedy Jr. lors d'un meeting.
Trump accueille Robert F. Kennedy Jr. lors d’un meeting.
capture d’écran, VoA

Dans un long discours, Kennedy s’en est expliqué. Après avoir constaté (à juste titre) que le Parti démocrate, jadis défenseur de la paix, du monde du travail et des droits civiques, était devenu le « parti de la guerre », il dénonça ces coups d’États successifs : celui de Biden contre la base du parti, suivi par le putsch du comité central contre Biden lui-même, une fois reconnu inapte à l’emporter, pour le remplacer par Kamala Harris, une page vide sur laquelle on pourra écrire ce qu’on veut. Rappelons que la vice-présidente Harris n’a jamais obtenu le moindre vote d’investiture à une élection primaire !

RFK Jr a axé sa campagne sur le danger que la guerre d’Ukraine ne dégénère en conflit nucléaire, et sur la situation dramatique de la santé en Amérique, conséquence d’un système aux mains de cartels pharmaceutiques prédateurs, préoccupés avant tout par la santé... de leur compte en banque.

Sur ces deux questions, RFK Jr s’est ouvert à une collaboration avec Harris et Trump. Alors que la première n’a même pas daigné décrocher son téléphone, le deuxième, pour qui Kennedy est une fantastique « prise de guerre » (permettant de capter le vote des « anti-vax » et de gagner dans des Etats où il est au coude-à-coude avec Harris), a fait entendre que s’il était élu, il le nommerait à un poste important. Il ajouta qu’il publierait « tous les documents relatifs à l’assassinat de John F. Kennedy restants » (environ 3000) dans le cadre d’une nouvelle commission chargée d’enquêter sur toutes les tentatives d’assassinat de présidents américains. De son côté, RFK Jr a révélé que c’était le secrétaire d’État Mike Pompeo qui avait convaincu Trump de ne pas divulguer ces archives...

Faire la paix en 24h ?

La promesse que Trump « fera la paix en 24 heures » en Ukraine est un excellent slogan électoral. Les Américains, dont le niveau de vie ne cesse de s’effondrer, ne supportent plus de voir des milliards de dollars engloutis dans des guerres sans fin à l’étranger.

Kennedy semble malheureusement loin des réalités du monde. Il regrette qu’on « pousse la Russie dans les bras de la Chine » par la guerre, et, au lieu d’envisager de coopérer avec les BRICS, craint qu’ils « abandonnent le dollar ». S’il étudiait les propositions existantes, notamment pour l’Ukraine, il verrait que l’approche de Trump se résume à imposer « la paix par la force », en obligeant, à coup de menaces et de sanctions, les belligérants à déposer les armes dans le cadre d’un « deal »… profitable avant tout à l’Amérique.

Le bilan de Trump

Qu’a-t-il obtenu en faveur de la paix ? Au cours de son mandat, sa politique, que ce soit envers la Russie, la Corée du Nord, l’Iran, la Chine ou le Proche-Orient, s’est soldée par un échec cuisant. Tous les conflits mondiaux ont empiré à cause des néoconservateurs dont il s’est entouré, tels que John Bolton ou Mike Pompeo... Ce dernier étant déjà en campagne pour le fameux « plan de paix de Trump ». En réalité, une abominable manœuvre. On y reviendra dans un prochain article.

C’est aussi Trump qui, en 2017, a levé l’embargo sur les livraisons d’armes à l’Ukraine et leur a fourni des lance-missiles anti-char Javelin. En 2019, accusant les Russes de ne pas honorer leurs engagements, c’est encore lui qui a retiré les Etats-Unis du Traité sur les forces nucléaires intermédiaires (FNI), et son budget de la défense a continué à grimper. C’est avec son aval que les Américains ont abattu le général iranien Soleimani, un intermédiaire clé pour la paix. Il a également amplifié la guerre par drone et mis son veto présidentiel à chaque fois que le Congrès proposait de voter l’arrêt de la guerre au Yémen...

Le peuple américain désire ardemment un changement. Mais la « privatisation » de leur système électoral les livre aux caprices des milliardaires. Le travail de reconstruction sera immense. ▪ K.V.