Dossier envoyé à tous les parlementaires par Solidarité & Progrès avant la présentation de la Réforme bancaire conçue par Pierre Moscovici.
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La crise financière qui nous frappe depuis 2007 est l’aboutissement de quarante années de financiarisation qui ont laissé notre économie exsangue. Le seul levier pour recouvrer une émission de crédit capable de relancer notre appareil productif, de créer des emplois qualifiés en masse et de redresser les comptes sociaux, est une séparation stricte entre, d’une part, banques de dépôt et de crédit, et d’autre part, banques d’affaires et de marché.
Si les promesses du Bourget, dont est issu l’actuel projet de réforme, allaient dans ce sens, il faut bien admettre que le combat politique contre la finance folle a été depuis abandonné et les espoirs des Français avec. Nous ne pouvons accepter cet état de fait.
Le projet de réforme bancaire qui sera présenté le 19 décembre en conseil de ministres par Pierre Moscovici, pour le peu qu’on puisse en savoir car rien n’est public pour l’instant, ne vise pas à mettre fin au risque systémique que représente le conflit d’intérêts inhérent au « modèle » de banque universelle :
Le gouvernement n’en a pas appelé au peuple pour obtenir le soutien nécessaire à un combat politique contre le lobby bancaire. Pourtant, il obtiendrait ce soutien sans problème :
Le système financier international a temporairement échappé à un effondrement total, uniquement par la grâce d’afflux massifs de liquidités émanant des banques centrales et des Etats ; les banques françaises sont en état de faillite virtuelle :
Les cinq banques universelles françaises ont atteint une taille systémique périlleuse pour l’économie réelle :
La banque universelle « française » va intrinsèquement à l’encontre de l’intérêt général :
La réforme Moscovici entérine le pouvoir du lobby bancaire sous couvert de régulation. A l’inverse, l’intérêt général exige de :
Les abus sont si nombreux – frais bancaires, resserrement du crédit aux entreprises, emprunts toxiques aux collectivités, pertes de trading pharaoniques, spéculation à haute fréquence, paris sur les matières premières, etc. – que l’ont ne peut se contenter d’un peu de régulation et de beaucoup de confiance. Les représentants du peuple doivent légiférer, sanctionner, démanteler et réorganiser.
Parmi les quatre grandes options débattues au niveau international, la réforme bancaire choisie par Moscovici est tellement légère qu’on finirait par croire qu’elle fut inspirée par ceux qui s’opposent à toute réforme !
Rappelons brièvement ces options :
Pour résumer, sur une échelle de 0 à 10 (10 étant l’option Glass-Steagall), on pourrait positionner Moscovici sur le chiffre 1, la règle Volcker sur 2, l’option Vickers sur 4, et la recommandation Liikanen sur 6. Cependant, disons-le haut et fort : on est loin du compte car c’est un 10 qu’il faut et tout de suite !
Promulgué le 16 juin 1933, le Glass-Steagall Act fut une mesure phare des cent premiers jours de la présidence Franklin Roosevelt aux Etats-Unis. Avec l’appui des révélations de la Commission d’enquête du Sénat menée par le procureur Pecora, le président obtint le soutien populaire et parlementaire pour faire adopter la stricte séparation entre banques d’affaires et banques de dépôt (ainsi que les assurances). Les établissements financiers ne pouvaient dès lors plus spéculer avec l’argent des déposants et ne pouvaient obtenir de garanties de l’Etat que s’ils renonçaient aux activités sans lien avec l’économie réelle. C’est une séparation stricte qui a permis de réaliser le New Deal grâce à la réorientation totale du crédit vers l’investissement productif.
Le préalable au Glass-Steagall Act fut la vacance bancaire décrétée par Roosevelt trois mois plus tôt : toutes les banques fermèrent pour subir un audit mené par des inspecteurs fédéraux dans le but de déterminer leur solvabilité.
A la Libération, le gouvernement provisoire issu du Conseil national de la Résistance fit adopter la loi 45-15 du 2 décembre 1945 relative à la nationalisation de la Banque de France et des grandes banques et à l’organisation du crédit. A cette fin, il fut créé trois catégories de banques : de dépôt, de crédit et d’affaires ; contraignant les établissements financiers à ne choisir qu’une seule d’entre elles. Placées sous la gouverne du Conseil national du crédit et de la Banque de France, les banques devinrent ainsi un dispositif clé du système de crédit public (émission monétaire pour l’investissement productif) qui finança la reconstruction puis le modernisation de la France pendant les Trente glorieuses.
Le métier de banque est de collecter les dépôts et d’octroyer les crédits. A défaut d’orientation publique, les banques prêtent là où cela rapporte ; il est ainsi plus facile et plus rentable de prêter 100 millions d’euros à une société du CAC40 que de prêter 100 fois 1 million à des PME et TPE. En effet, le prêt aux entreprises est au plus haut de l’échelle des risques édictée par Bâle III, et cela nécessite de développer une expertise économique au sein de la banque sur les entreprises elles-mêmes et leurs secteurs d’activité. Pour rétablir ce métier de banque, la puissance publique doit donc, plutôt que de tout contrôler ou de devoir quémander aux banques universelles, orienter le crédit privé en fonction des impératifs de sa politique économique et industrielle. C’est le rôle d’un Conseil national du crédit représentatif des forces économiques de la nation et doté de pouvoirs contraignant sur les banques.
Si les dépôts ne suffisent pas à alimenter la croissance de l’économie, alors l’Etat doit lui-même octroyer des lignes de crédit à l’investissement productif, via les banques privées ou publiques, sous forme d’avances de la Banque de France au Trésor public.
Les grands investissements publics et à long terme, dont la rentabilité ne se mesure pas « par projet » mais dans la croissance générale de l’économie et des conditions de vie, doivent être financés par ce même mécanisme d’avances de la Banque de France au Trésor public. L’Etat doit financer directement ces dépenses d’investissement sans recourir à l’emprunt auprès des marchés, qui est un transfert de fait du pouvoir souverain. Il s’agit de financer le développement des infrastructures humaines – écoles, hôpitaux, laboratoires de recherche, etc. – et des infrastructures économiques de base – transports, énergie, eau, etc.
La Loi et la Justice :
Sur cette base peut s’opérer une réorganisation bancaire, ces opérations permettant d’évaluer la solvabilité réelle des banques et de préparer l’assainissement des bilans (titres toxiques, comptes offshore, etc.).
Les banques choisissent alors entre le statut d’établissement de dépôt et de crédit, ou bien de banque d’affaires et de marché. Dans le premier cas, ces banques seront garanties à 100 % par la puissance publique pour leur utilité économique ; dans le second cas, elles seront laissées libres à elles-mêmes... si elles ne sont plus solvables, elles sont libres de faire faillite.
Liste non-exhaustive d’organismes ou personnalités ayant appelé au rétablissement de la loi Glass-Steagall (séparation stricte des métiers de banque) :
Michel Rocard ; le Premier ministre belge Elio di Rupo ; l’ancien ministre des Finances italien Giulio Tremonti ; le directeur exécutif pour la stabilité financière à la Banque d’Angleterre Andrew Haldane ; l’ancien PDG de Citigroup Sanford Weill ; la rédaction du Financial Times ; l’ancien PDG de Morgan Stanley Philip Purcell ; la député démocrate américaine Marcy Kaptur et 82 de ses collègues (proposition de loi HR 1489) ; la député verte islandaise Álfheidur Ingadóttir et 16 de ses collègues ; l’ONG Finance Watch ; la société d’analyse financière Alpha Value ; le professeure Laurence Scialom pour le think-tank Terra Nova, etc.
Parmi les 227 élus et économistes signataires de l’Appel à un Glass-Steagall global :
François Morin (Toulouse I), Pierre-Henri Leroy (Proxinvest), Jean de Maillard (vice-président TGI Paris), Gabriel Colletis (Toulouse I), Olivier Marquet (DG Banque Triodos), Jean-Pierre Aubin (Paris-Dauphine), Philippe Bonnin (Maire de Chartres-de-Bretagne, vice-président CG35), Philippe Lamberts (député européen), François Vermande (Conseiller général 15), Daniel Verdelhan (Maire de Salindres), Philippe Chesneau (Conseiller régional PACA), Marc Frot (Conseiller général de Côte d’Or), etc.
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