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Irak 2003, Iran 2020 : cette fois-ci, le mensonge ne doit pas vaincre

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Chronique stratégique du 8 janvier 2020 (pour s’abonner c’est PAR ICI)

Comme pour la guerre en Irak en 2003, l’escalade actuelle des États-Unis contre l’Iran est construite sur des mensonges, auxquels il faut ajouter l’arrogance et la bêtise — un cocktail explosif qui place le monde au bord d’une guerre mondiale. « Ceux qui ont rempli le tonneau de poudre viennent d’allumer la mèche » a commenté Jacques Cheminade dans son éclairage hebdomadaire.

Toutefois, face au danger de basculement dans une nouvelle barbarie – cette fois-ci sans retour – des voix s’élèvent et demandent des comptes non seulement à Trump, mais surtout à Mike Pompeo et Mark Esper, les secrétaires d’État et à la Défense, qui apparaissent comme les véritables instigateurs de l’assassinat du général iranien Soleimani le 3 janvier.

Sur le seuil de la barbarie

Dimanche 5 janvier, deux jours après la frappe qui a tué le général Qassem Soleimani, le Parlement irakien a voté une résolution demandant l’expulsion des troupes de la coalition internationale, c’est-à-dire surtout des 5200 soldats américains qui stationnent dans le pays. Donald Trump, pris dans l’engrenage dans lequel il a été piégé, en contradiction totale avec son intention de « mettre fin aux guerres sans fin », a menacé l’Irak de « très fortes » sanctions si cette résolution était appliquée. « S’ils nous demandent effectivement de partir, si nous ne le faisons pas sur une base très amicale, nous leur imposerons des sanctions comme ils n’en ont jamais vu auparavant », a-t-il déclaré, à bord d’Air Force One.

Pire, parmi les 52 sites iraniens pouvant être ciblés par les États-Unis dans le cas d’une riposte iranienne contre les intérêts américains, Trump a prévenu que cela inclurait des sites historiques et culturels. « On leur permet de tuer les nôtres, on leur permet de torturer et de mutiler les nôtres, on leur permet d’utiliser des bombes pour faire exploser les nôtres ; et on n’a pas le droit de toucher à leurs sites culturels. Ce n’est pas comme ça que ça marche », a-t-il déclaré dimanche.

George W. Bush n’aurait pas mieux parlé. De telles représailles constitueraient des crimes de guerres, en vertu des conventions de la Haye et de l’Unesco en 1972 de préservation des sites culturels, que les États-Unis ont eux-mêmes signées. Et, bien que Trump ait reculé mardi face à l’indignation internationale, cette péripétie montre que, suite à cette frappe – qui violait en elle-même la Constitution américaine et le droit international – un rien peut faire basculer la situation dans l’arbitraire et la barbarie.

Le mensonge apparaît à la lumière

Depuis le 3 janvier, plusieurs voix s’élèvent aux États-Unis pour demander des comptes sur les raisons invoquées pour justifier l’assassinat de Soleimani, à savoir que ce dernier préparait des « attaques imminentes » contre les intérêts américains.

Comme le souligne le journaliste Max Blumenthal sur le site The Grayzone, le Premier ministre irakien Adil Abdul-Mahdi a déclaré samedi devant le Parlement que le général iranien a été assassiné alors qu’il se trouvait en mission diplomatique. Abdul-Mahdi a expliqué qu’il devait rencontrer Soleimani ce matin-là pour discuter d’un rapprochement diplomatique négocié entre l’Iran et l’Arabie saoudite via l’Irak.

Soleimani est venu à Bagdad non pas pour planifier des attaques contre des cibles américains, mais afin de coordonner une désescalade avec l’Arabie saoudite, écrit Blumenthal. En fait, il a été tué au cours d’une mission de paix qui aurait pu distancer la monarchie du Golfe des membres de l’axe anti-Iran mené par les alliés des États-Unis comme Israël.

Confirmant cette version des faits, l’ancien inspecteur de la commission spéciale des Nations unies en Irak Scott Ritter souligne que les responsables libanais, familiers de l’itinéraire de Soleimani, ont affirmé que le général iranien s’était rendu à Bagdad par des moyens diplomatiques, et qu’il avait voyagé vers la capitale irakienne via un vol aérien commercial.

Forcé de répondre à cela lors de sa conférence de presse du mardi 7 janvier au département d’État, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo s’est contenté de nier que Soleimani ait été à Bagdad en mission diplomatique, et et répéter qu’il s’apprêtait à s’attaquer aux États-Unis.

Déloger l’axe Pompeo-Esper

Pour Patrick Lawrence, éditorialiste renommé à l’hebdomadaire The Nation, ce n’est pas Trump qui a pris la décision de l’assassinat de Soleimani ; il s’agit en réalité d’une « révolution de palais » menée par « l’axe Pompeo-Esper », et le président américain n’a fait que tomber dans le piège pour sauver la face.

Plusieurs signes convaincants suggèrent cette option, écrit Lawrence sur le site Consortium News. Cet évangéliste illuminé qu’est Pompeo semble avoir manœuvré avec Esper pour élaborer cette opération, avec l’aide d’un certain nombre de responsables de haut niveau. Nous avons déjà vu cela auparavant, notamment à l’époque tumultueuse où John Bolton était le conseiller à la sécurité nationale. Sur plusieurs questions politiques – Corée du Nord, Venezuela, Syrie, golfe Persique –, l’axe Pompeo-Bolton a saboté les initiatives de Trump, l’obligeant à s’agiter sur Twitter afin de dissimuler ce qui constituait une atteinte humiliante à son autorité.

Le journaliste, dont l’intervention est d’autant plus significative qu’elle vient de la gauche démocrate, fait remarquer qu’aucune preuve des plans « imminents et sinistres » de Soleimani contre les États-Unis n’a été présentée par aucun responsable du gouvernement américain. « Précisément le même scénario que dans les cas des allégations du Russiagate, par exemple, et des attaques chimiques que les États-Unis ont à plusieurs reprises accusé Damas d’avoir perpétré contre les citoyens syriens, poursuit Lawrence. Le premier cas s’est avéré être un ramassis d’inepties, et le second un prétexte fallacieux pour bombarder la capitale syrienne ».

Interrogé mardi sur la question, Pompeo, dans ce qui constitue un aveu, a eu le toupet de déclarer : « Si vous cherchez des éléments sur l’imminence, il suffit de regarder les jours qui ont précédé la frappe décidée pour éliminer Soleimani »

Après la débâcle du débarquement américain raté à Cuba, le Président J.F. Kennedy, constatant qu’il avait été volontairement induit en erreur, avait remercié, le 28 novembre 1961, le directeur de la CIA d’alors, Allen Dulles. Aujourd’hui, un nettoyage « au karcher » de l’entourage de Trump s’impose. Sans cela, il serait illusoire qu’une rencontre au sommet avec Xi Jinping et Poutine, deux alliés de l’Iran, puisse « éteindre la mèche » en créant les conditions d’une stabilisation et ensuite d’une reconstruction de la région.

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