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Hong-Kong : l’intégration et le développement économique pour sortir de la crise

La rédaction
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Chronique stratégique du 31 octobre 2019 (pour s’abonner c’est PAR ICI)

Face au soulèvement des Hongkongais, Beijing tente de désamorcer la crise, d’une part en désignant les « tycoons », les milliardaires contrôlant presque toute l’économie, comme responsables de la dégradation des conditions de vie sur l’île, et d’autre part en accélérant la politique de développement et d’intégration économique.

Partout dans le monde, au Chili, en Algérie, en France, au Liban, etc, on assiste à des soulèvements populaires contre la mondialisation financière et le système à deux vitesses qu’elle a engendré, où les riches deviennent toujours plus riches et les pauvres infiniment plus pauvres. A Hong Kong, alors que l’élément central de la révolte est incontestablement d’ordre géopolitique — une tentative de provoquer un changement de régime par les agences de renseignements anglo-américaines (voir notre chronique du 20 septembre)—, les souffrances des millions de Hongkongais vivant dans ce qui fut le paradis de ultralibéralisme sont clairement instrumentalisées par les ennemis de la Chine.

Ne pas se tromper d’ennemi

Il est donc essentiel de distinguer l’ultra-minorité composée des alliés inconditionnels et des agents des Occidentaux, entraînés aux tactiques de guérilla des Black blocs, de la grande majorité des manifestants, qui se mobilisent en raison de conditions économiques très difficiles qu’ils subissent dans leur quotidien : impossibilité d’accès au logement, retraites de misère pour les seniors, peu d’emplois pour les jeunes... ce à quoi s’ajoute la crainte du déclassement de Hong-Kong par rapport aux autres villes chinoises.

Le problème est que les manifestants ont été induits à s’attaquer au gouvernement central chinois, alors que les principaux responsables de leurs conditions de vie se trouvent plutôt du côté des quelques familles milliardaires qui ont la main mise sur presque tous les secteurs de l’économie. Il s’agit des « tycoons », qui ont hérité de l’ancien système oligarchique britannique, et que Beijing n’a pas démantelé jusqu’ici. Parmi eux, quatre conglomérats dynastiques se partagent l’essentiel de l’immobilier résidentiel et commercial, alors qu’un Hongkongais sur deux n’est pas propriétaire.

Le fait nouveau est que Beijing et le gouvernement administratif de Hong-Kong ont commencé à pointer du doigt cette poignée de milliardaires. Dans un communiqué officiel publié à la mi-septembre, la Commission des Affaires politiques et légales chinoise écrivait : « Dans le chaos actuel à Hong-Kong, beaucoup de jeunes ont tourné leur insatisfaction et leur colère vers le gouvernement, mais il faut relever qu’ils se sont probablement trompés de cible ».

Le journal Le Monde, dans un article paru le 17 octobre, commente sur un ton quelque peu irrité : « La Chine aimerait lire les événements de Hong-Kong comme une crise sociale, une crise surtout du logement, dans la ville où le mètre carré est le plus cher du monde. Et s’il faut des coupables sur ce thème, ce sont bien les grands promoteurs immobiliers, équivalents du propriétaire terrien que le parti unique a combattu historiquement en Chine ».

Selon ce quotidien, jusqu’ici il existait un accord tacite entre le pouvoir central chinois et les familles milliardaires hongkongaises, qui avaient fui la Chine continentale sous le régime maoïste : leur bienveillance en échange de la protection de leurs fortunes. Toutefois, « le président chinois actuel, Xi Jinping, a montré plus d’hostilité à l’égard des tycoons et des entrepreneurs en général que ses prédécesseurs », observe le commentateur Chip Tsao, cité par le Monde.

Sortir de la crise par le haut

Lors d’une conférence de presse le 16 octobre, la cheffe de l’exécutif de Hong-Kong, Carrie Lam, a annoncé une série de 220 mesures économiques et sociales visant à sortir de la crise, dont la construction de 10 000 appartements en trois ans, la réquisition de terrains aux tycoons pour y construire des logements sociaux, l’assouplissement des règles en matière de prêt hypothécaire pour les primo-accédants à la propriété, de nouvelles aides aux étudiants ou encore l’augmentation des subventions accordées aux familles à faibles revenus. Elle a également annoncé avoir chargé l’entreprise MTR Corp de planifier la construction de trois nouvelles lignes de métro.

Cette réorientation de Carrie Lam est bonne, malgré le fait qu’elle intervienne un peu tard et qu’elle ne soit pas suffisante. Bien qu’elle ait été huée lors de sa tentative de la présenter au Parlement dans le contexte de son discours annuel de politique générale, au point de devoir quitter l’assemblée avant de pouvoir compléter son exposé, il est clair que toute solution durable au conflit devra en passer par là. Ses orientations ne pourront, bien entendu, être réellement effectives qu’en les combinant à une véritable détermination à lutter contre les agents déstabilisateurs. Toutefois, la clé se trouve avant tout dans l’intégration de la ville dans une politique de développement économique tournée vers l’avenir, et qui soit cohérente avec le principe « un pays, deux systèmes », si cher aux Chinois.

Hong-Kong se trouve en effet au cœur du triangle Guangdong-Hong-Kong-Macao, qui représente le principal moteur de l’expansion économique de la Chine et de sa contribution à la croissance mondiale. La Grande Baie couvre une surface de 56 000 km² (plus de quatre fois l’Île-de-France) et compte une population de 66 millions de personnes, pour un PIB total de 1300 milliards de dollars (près de la moitié de celui de la France). Comme le rapporte l’agence Xinhua, plusieurs responsables politiques, universitaires et économiques de la région ont participé le 24 octobre à Hong-Kong à un forum portant justement sur l’intégration économique de Guangdong, Hong-Kong et Macao dans la Grande Baie.

La récente construction du magnifique pont de Hong-Kong-Zhuhai-Macao a permis d’ouvrir une nouvelle phase de cette intégration de la région dans l’ensemble du développement national et international, qui apportera de nombreux emplois, de nouvelles opportunités et un avenir aux jeunes Hongkongais en particulier. Pour David Gosset, expert français et fondateur du Forum Europe-Chine qui participait au forum cité plus haut, « l’avenir de Hong-Kong ne peut être séparé de la Grande Baie et de la régénération de la Chine ». C’est cette réalité qui doit être communiquée fortement aux hongkongais, qu’alors que les populations occidentales croulent sous les politiques d’austérité et vivent sous la menace d’un krach financier mondial à venir, la Chine, par son développement économique, et ce triangle de la Chine en particulier, est en mesure d’offrir aux populations un futur bien meilleur que les États-Unis ou n’importe quel pays occidental.

Ainsi, par sa politique ambitieuse de développement économique, la Chine a les moyens de sortir par le haut de la crise actuelle, en trouvant un accord dans une situation dominée par les désaccords, et pour faire de la Grande Baie un modèle de développement et un moteur pour le monde.

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