Le parti du travail humainTel. 01 76 69 14 50

4 octobre - Jeudi 6 octobre, prochain éclairage de Jacques Cheminade Lire 4 octobre - Sabotage de Nord Stream, dollar : l’Europe dans le viseur des États-Unis ? Lire 3 octobre - Notre projet pour la France - discours de Jacques Cheminade Lire
AccueilActualités

Scott Ritter : l’Ukraine gagne la guerre sur Twitter mais perd dans le monde réel

Voici un article tiré d’un média russe que nous, citoyens européens, n’avons plus le droit de consulter. En temps de guerre, ceux qui ne nous veulent que du bien ne plaisantent pas avec l’information…

Ancien officier de renseignement de l’armée américaine, William Scott Ritter a été inspecteur de la Commission spéciale des Nations unies chargée du désarmement (UNSCOM) en Irak de 1991 à 1998.

Dans la période précédant l’offensive contre ce pays en 2003, il devient l’un des détracteurs les plus véhéments de la politique américaine vis-à-vis de l’Irak et, selon le New York Times, « le sceptique le plus sévère et le plus crédible de l’affirmation de l’administration Bush selon laquelle Hussein cachait des armes de destruction massive ».

Voir également : Armes nucléaires : des anciens du renseignement américain interpellent Biden

Kiev gagne la guerre sur Twitter, mais dans le monde réel, elle perd au Donbass

Par Scott Ritter, le 1er mai 2022.

Affirmer que l’Ukraine serait sur le point de remporter la victoire sur le terrain est, au mieux, un vœu pieux de Kiev et de Washington.

De fait, la couverture médiatique occidentale du conflit ukrainien est hystériquement unilatérale et à cent lieues de la réalité. Pendant ce temps, les combats proprement dits continuent de se solder par une série de défaites pour les forces malmenées de Kiev, qui ont déjà perdu le contrôle de deux grandes villes, malgré le soutien sans précédent des États-Unis et de leurs alliés.

Alors que les responsables américains s’affairent avec le gouvernement du président ukrainien Volodymyr Zelensky pour donner l’impression d’une victoire de Kiev contre l’armée russe, Moscou se prépare à riposter en ramenant une forte dose de réalité.

Au retour d’une visite retentissante dans la capitale ukrainienne, où il a rencontré Zelensky en compagnie du secrétaire à la Défense Lloyd Austin, le secrétaire d’État américain Antony Blinken a déclaré devant le Congrès que l’objectif des Ukrainiens, dans le conflit qui les oppose depuis deux mois à la Russie, serait « de repousser les Russes hors du territoire qu’ils tentent d’occuper dans l’est de l’Ukraine ».

M. Blinken a ajouté que l’administration du président Joe Biden apportait un « soutien total » à Kiev pour atteindre cet objectif. Le secrétaire d’État a ajouté que le but de Zelensky était de réduire l’armée russe de façon à ce qu’elle ne soit plus en mesure d’attaquer l’Ukraine « le mois prochain, l’année prochaine ou dans cinq ans », faisant écho aux sentiments similaires exprimés par Lloyd Austin, qui avait déclaré que l’objectif des États-Unis était de « voir la Russie affaiblie » afin qu’elle ne puisse pas « faire [ailleurs] le genre de choses qu’elle a faites [en Ukraine] ».

L’optimisme partagé par Blinken, Austin et Zelensky provient de leur adhésion commune à un récit de l’opération militaire russe contre l’Ukraine, affirmant que les Russes sont en train d’y subir une défaite stratégique. Cependant, signe que ce récit pourrait n’être qu’un vœu pieux de la part de ces trois dirigeants, le commandant américain des chefs d’état-major interarmées, le général Mark Milley, a eu un point de vue plus nuancé, notant que si la Russie devait s’en tirer « sans frais » avec ce qu’il a appelé son « agression » contre l’Ukraine, alors « l’ordre mondial de sécurité internationale » mis en place depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale serait ébranlé.

Loin de susciter l’optimisme quant à l’issue du conflit russo-ukrainien, les déclarations de Milley reflétaient un sentiment d’urgence dicté par la reconnaissance que la guerre en Ukraine a atteint un point critique.

L’écart entre la perception et la réalité lorsqu’il s’agit d’évaluer le conflit russo-ukrainien est le résultat direct de la confusion entretenue autour du conflit lui-même, où une campagne de propagande bien huilée menée par l’Ukraine et ses partenaires occidentaux, qu’il s’agisse du gouvernement ou des médias, contraste avec les efforts de relations publiques de la Russie, réticente à communiquer sur ses buts et objectifs stratégiques, sans parler des détails des combats quotidiens sur le terrain. Il en résulte une guerre de l’information où deux récits concurrents s’affrontent de manière inégale et où la perception finit par l’emporter sur la réalité.

Une dure vérité

Alors que l’opération militaire en Ukraine entre dans son troisième mois, certaines vérités apparaissent crûment, modifiant la façon dont les forces armées russes et la guerre moderne seront évaluées à l’avenir. Peu d’analystes (y compris l’auteur) s’attendaient à voir la résistance durer sérieusement plus d’un mois. En effet, le général Milley avait informé le Congrès, lors de séances d’information à huis clos début février, qu’une invasion russe à grande échelle de l’Ukraine pourrait entraîner la chute de Kiev en 72 heures.

Plusieurs raisons justifiaient cette évaluation. A commencer par la préparation intense menée par la Russie avant l’incursion militaire. Le déplacement de centaines de milliers de soldats, avec leur équipement et les moyens logistiques nécessaires pour soutenir les hommes et le matériel au combat, n’est pas un exercice banal, et la Russie s’est engagée dans des exercices militaires qui se sont étendus sur plusieurs mois, perfectionnant cette logistique. L’armée russe est dirigée par des officiers qui excellent dans le travail d’état-major et la préparation, et il n’est pas farfelu de supposer qu’ils aient prévu toutes les possibilités pouvant survenir sur le champ de bataille.

En théorie, l’armée russe était configurée pour le type de guerre auquel elle s’était préparée, où ses avantages écrasants, en nombre et puissance de feu, étaient optimisés pour produire sur le champ de bataille les résultats escomptés par la plupart des observateurs : la destruction en profondeur des défenses ennemies par des tirs massifs, suivie d’un assaut blindé agressif pénétrant profondément les arrières de l’ennemi, semant la confusion et la désorganisation, ce qui entraînait une perte rapide d’efficacité au combat chez ceux qui étaient attaqués.

Une guerre russo-ukrainienne resterait toujours principalement une guerre terrestre ; on ne s’attendait pas à ce que l’armée de l’air ukrainienne ou sa marine opposent une résistance soutenue et viable à leurs homologues russes. Alors que depuis 2015, l’armée ukrainienne était entraînée et équipée comme une force mandataire virtuelle de l’OTAN, elle avait connu en réalité une expansion rapide depuis 2014, où elle pouvait aligner quelque 6000 soldats prêts au combat, jusqu’à son effectif à la veille de l’opération militaire, soit quelque 150 000 soldats organisés en 24 brigades. L’espoir que l’Ukraine puisse mener à bien autre chose que des opérations de base à l’échelle d’un bataillon (c’est-à-dire l’emploi coordonné de forces de manœuvre, avec un soutien d’artillerie et aérien) était un vœu pieux.

Bien que l’Ukraine ait fait de gros efforts pour passer d’une armée entièrement composée de conscrits en 2014 à une armée dont environ 60 % du personnel de combat est composé de soldats professionnels sous contrat dirigés par des sous-officiers chevronnés, il est impossible de créer une telle force en si peu de temps. Le commandement des petites unités, qui constitue le ciment d’une force militaire soumise à la tension et à la contrainte d’un combat soutenu, n’a tout simplement pas eu le temps de s’implanter et de mûrir au sein de l’armée ukrainienne, ce qui en a conduit plus d’un à estimer qu’elle plierait dès qu’elle serait soumise au stress de la guerre doctrinale russe.

L’analyse qui suit est tirée de rapports accessibles au public, venant de journalistes intégrés à l’armée russe et aux forces de la République populaire de Donetsk, ainsi que de briefings du ministère russe de la Défense et de déclarations de la partie ukrainienne.

Dès la première semaine de l’opération russe, il était clair pour la plupart des gens que de nombreuses hypothèses étaient erronées et/ou déplacées.

Tout d’abord, Moscou avait choisi de ne pas utiliser ses forces selon la doctrine standard, optant plutôt pour une approche légère, qui semblait être le fruit d’un effort concerté pour minimiser les pertes civiles et les dommages causés aux infrastructures civiles, effort lui-même issu d’une incompréhension fondamentale de la réalité de la situation sur le terrain en Ukraine.

La purge signalée de 150 officiers du 5e département du Service fédéral de sécurité russe (FSB), chargé des opérations dans ce qu’on appelle « l’étranger proche » (qui inclut l’Ukraine), ainsi que l’arrestation de l’ancien chef de ce département, Sergei Beseda, suggèrent que la Russie a subi une défaillance de ses services de renseignement, sans précédent depuis l’échec israélien à prévoir la traversée égyptienne du canal de Suez pendant la guerre du Kippour, en octobre 1973.

Si le gouvernement russe est resté, comme à son habitude, très discret sur d’éventuelles lacunes dans le travail du 5e département avant le début de l’opération militaire, les déclarations des dirigeants russes suggérant que les militaires ukrainiens pourraient rester dans leurs casernes et que les dirigeants civils n’interviendraient pas dans les opérations militaires russes, laissent penser que ces hypothèses ont été formulées à partir des renseignements fournis par le 5e département.

Le fait que ces hypothèses (si elles ont effectivement été formulées) se soient révélées si fondamentalement erronées, si l’on tient compte du fait que l’armée ukrainienne était prête à affronter les premières colonnes de forces russes, suggère que le travail du 5e département a été perturbé par les services de sécurité ukrainiens, qui ont pris le contrôle des réseaux humains russes et ont transmis de faux rapports aux dirigeants russes.

Le fait est que des colonnes de troupes russes, avançant hardiment en Ukraine sans prêter à la sûreté des itinéraires et à la protection de leurs flancs l’attention qui accompagne normalement toute offensive, se sont retrouvées coupées et anéanties par des embuscades ukrainiennes bien préparées.

De plus, au lieu de plier sous la pression, l’armée ukrainienne, régulière autant qu’unités territoriales, a tenu bon et s’est battue, en utilisant des armes antichars portatives (javelots de fabrication américaine et des NLAW de fabrication britannique) avec une grande efficacité.

Ce fut, pour reprendre une expression familière américaine, un tir au pigeon (Turkey Shoot) et le gouvernement ukrainien a fait un usage efficace des prises de vue des combats enregistrées lors de ces rencontres, ce qui a permis de façonner l’opinion publique mondiale sur l’efficacité de la défense ukrainienne.

Cependant, les limites des forces armées ukrainiennes ne leur ont pas permis de transformer ses impressionnantes victoires tactiques en résultats opérationnels et stratégiques positifs. Malgré des revers initiaux coûteux, l’armée russe a poursuivi son attaque, réalisant des gains impressionnants dans le sud, où les forces russes opérant depuis la Crimée ont sécurisé la ville stratégique de Kherson et progressé vers la ville tout aussi importante de Marioupol. Là, elles ont rejoint les forces russes et alliées de la République de Donetsk pour encercler les forces ukrainiennes qui défendaient Marioupol, et ont fini par piéger les survivants, au nombre de plusieurs milliers, dans les souterrains en béton armé de l’usine sidérurgique Azovstal. Plus au nord, les forces russes, ainsi que les forces des républiques de Donetsk et de Lougansk, ont marché vers l’ouest pour chasser les forces ukrainiennes des positions défensives qu’elles avaient préparées, afin de prendre le contrôle de la totalité du territoire englobant la région du Donbass.

La bataille de Kiev

Si la sécurisation de l’intégrité territoriale de la région du Donbass était l’un des principaux objectifs de l’opération militaire spéciale russe, la Russie a mené à cette fin de vastes opérations de soutien, notamment une manœuvre de diversion vers Kiev, destinée à fixer les forces ukrainiennes sur place et à détourner les renforts du front oriental, ainsi qu’une attaque feinte amphibie au large d’Odessa dans le même but. Pour qu’une telle attaque de diversion soit viable sur le plan opérationnel, elle doit être crédible, ce qui signifie que les forces chargées de la mission doivent être agressives dans l’exécution de la diversion, même dans des conditions défavorables.

L’avancée russe sur Kiev a été réalisée par une force de quelque 40 000 hommes opérant sur deux axes, l’un se dirigeant vers le sud, l’autre poussant vers le sud-ouest dans la direction de Tchernihiv. Les avancées terrestres ont été précédées de plusieurs assauts aériens visant les aérodromes situés dans les environs de Kiev. Que les renseignements russes aient indiqué ou non que Kiev était mûre pour un coup de main, que les parachutistes et les forces spéciales russes menant les assauts aient été trop agressifs dans l’exécution de l’attaque, ou une combinaison des deux, la réalité était que Kiev était bien défendue par un mélange d’unités régulières et de forces territoriales qui n’étaient pas enclines à abandonner la capitale ukrainienne sans combattre. Pendant plus d’un mois, les forces russes ont avancé sur Kiev, lançant des attaques test qui ont pénétré la banlieue nord et menacé d’encercler la ville par l’est et l’ouest.

Il n’en demeure pas moins qu’une force de 40 000 hommes, aussi agressive soit-elle, ne peut prendre et tenir une ville de quelque trois millions d’habitants, défendue par une combinaison de 60 000 soldats réguliers, réservistes et territoriaux. Mais cela n’a jamais été leur tâche.

Ces actions [i.e., l’avancée sur Kiev], a annoncé le colonel général Sergey Rudskoy, premier chef adjoint de l’état-major russe, lors d’un briefing le 26 mars,

sont menées dans le but de causer des dommages aux infrastructures militaires, aux équipements et au personnel des forces armées ukrainiennes, dont les résultats, non seulement nous permettent d’immobiliser leurs forces et de les empêcher de renforcer leur regroupement dans le Donbass, mais aussi ne leur permettront pas de le faire jusqu’à ce que l’armée russe libère complètement les territoires de la [République populaire de Donetsk] et de la [République populaire de Lougansk].

Pour signaler à la fois l’intensité des combats engagés dans l’attaque feinte de Kiev et l’importance de la mission assignée, le président russe Vladimir Poutine a décerné le titre honorifique de « Garde » à la 64e brigade détachée de fusiliers motorisés pour ses « actions astucieuses et audacieuses » pendant les combats de Kiev. « L’état-major de l’unité est devenu un modèle dans l’accomplissement de son devoir militaire, sa bravoure, son dévouement et son professionnalisme », a noté Poutine dans la citation qui l’accompagnait. (Le gouvernement ukrainien a accusé la 64e brigade d’avoir commis des crimes de guerre dans la ville de Boutcha, au nord de Kiev, ce que le gouvernement russe dément avec véhémence).

Ainsi, la prétendue « bataille de Kiev » est un exemple clair de la différence entre perception et réalité. La position ukrainienne est que ses forces ont vaincu de manière décisive les militaires russes aux abords de Kiev, ce qui les a obligés non seulement à battre en retraite, mais aussi à revoir complètement les objectifs stratégiques de l’opération militaire spéciale. Ce point de vue a été repris sans réserve par des médias occidentaux complaisants et adopté par des dirigeants politiques et militaires en Europe, au Canada et aux États-Unis.

L’un des principaux résultats de cette « victoire » ukrainienne a été la capacité du président ukrainien Volodymyr Zelensky à tirer parti de cette perception pour modifier fondamentalement la façon de penser de ses partisans en Occident, ce qui s’est traduit par une augmentation des sommes allouées à la fourniture d’armes à l’Ukraine, ainsi que de leur qualité, l’Occident délaissant les armes antichars légères au profit de blindages et d’artillerie plus conventionnels.

La nécessité de ce changement radical de priorité en matière d’armement n’était pas explicite, d’autant plus que l’Ukraine avait, selon ses propres dires, vaincu la Russie de manière décisive en utilisant justement ces armes antichars légères.

La réalité, cependant, est que les opérations russes de la phase 1 ont infligé des dommages quasi mortels à l’armée ukrainienne, tuant et blessant des dizaines de milliers de soldats, tout en détruisant la majeure partie de l’armement lourd de l’Ukraine - artillerie, chars et véhicules de combat blindés essentiels à la conduite d’une guerre interarmes moderne. La raison pour laquelle l’Ukraine a demandé davantage de chars, de véhicules blindés et d’artillerie à ses fournisseurs occidentaux est qu’elle avait épuisé ses stocks disponibles.

Mais l’équipement est le dernier des soucis de l’Ukraine. Une armée n’est bonne que si elle est capable d’assurer le soutien logistique de ses forces pendant le combat, et l’un des principaux objectifs de la campagne russe de la phase 1 était de détruire les installations de stockage de carburant et de munitions de l’Ukraine et d’affaiblir le commandement et le contrôle ukrainiens.

Le résultat est que si les forces ukrainiennes ont tenu Kiev, c’est au prix d’une énorme baisse d’efficacité combattive globale. Et si la Russie a pu se retirer du front de Kiev et bénéficier d’une période de repos, de réarmement et de réorientation (action normale pour des unités militaires engagées dans des opérations de combat quasi ininterrompues pendant un mois), l’armée ukrainienne est restée sous la pression des attaques aériennes russes incessantes et des bombardements de missiles de croisière à guidage de précision et de l’artillerie russe.

Une fois soumise à la lumière crue de la réalité, la perception ne se révèle guère plus qu’un vœu pieux. C’est le cas de la « bataille de Kiev », au cours de laquelle l’armée ukrainienne s’est retrouvée tenir un territoire qui n’était plus d’aucune utilité pour La Russie. Celle-ci a pu redéployer ses forces pour mieux soutenir son objectif premier, la prise du Donbass, laissant les forces ukrainiennes de Kiev figées sur place.

Marioupol et la bataille pour le Donbass

La bataille de Marioupol est un autre exemple de conflit entre la gestion de la perception et la réalité du terrain. Le récit qui entoure le sort actuel de Marioupol ressemble fort au Conte de deux cités [roman de Charles Dickens de 1859].

Du point de vue ukrainien, la ville continue d’être tenue par un encadrement héroïque de combattants, immobilisant des dizaines de milliers de soldats russes qui, autrement, pourraient être redéployés ailleurs, soutenant l’effort principal russe contre le Donbass. Selon les Ukrainiens, tant que ces défenseurs tiendront bon, le pont terrestre vital qui relie la Crimée à la Fédération de Russie sera en danger. De même, leur résistance continue sert un objectif majeur de propagande, empêchant la Russie de se déclarer victorieuse avant la célébration du Jour de la Victoire le 9 mai.

La Russie, cependant, a déjà déclaré la victoire à Marioupol. Tout en concédant que quelques milliers de défenseurs restent retranchés dans les bunkers datant de la Guerre froide, sous l’usine sidérurgique Azovstal [au 1er mai, date de rédaction de cet article], la Russie affirme que ces forces ukrainiennes n’ont aucune importance militaire décisive. En effet, plutôt que de sacrifier des troupes russes pour sortir les forces ukrainiennes de leur repaire souterrain, le président Poutine a ordonné aux militaires de sceller l’installation d’Azov et d’attendre que ses défenseurs s’en aillent.

Il ne fait aucun doute que la présence d’Ukrainiens dans l’usine Azovstal représente une victoire de propagande pour l’Ukraine. Mais la réalité est que la ville de Marioupol est tombée aux mains de la Russie. Tandis que les défenseurs ukrainiens, probablement accompagnés de milliers de civils, dépérissent au fur et à mesure que diminuent leurs réserves de nourriture, le reste de Marioupol commence à reconstruire une ville en ruines où l’on estime que 90 % des bâtiments ont été endommagés ou détruits lors de violents combats de rue. Le pont terrestre russe est intact, et l’offensive russe contre le Donbass se poursuit sans délai.

Les déclarations d’Antony Blinken et de Lloyd Austin à Kiev sont un sous-produit de la perception de la victoire ukrainienne, façonnée par les « victoires » jumelles de l’Ukraine à Kiev et Marioupol.

La réalité, cependant, est que Kiev était une magistrale manœuvre de diversion russe qui a façonné la situation stratégique globale en Ukraine en faveur de la Russie, et que la bataille de Marioupol est également terminée en termes d’impact stratégique sur la campagne globale. Ce qui reste, c’est la dure vérité des simples « mathématiques militaires » qui, lorsqu’elles sont projetées sur une carte, fournissent le genre de preuves factuelles irréfutables que l’Ukraine est en train de perdre sa guerre contre la Russie.

Le fait est que l’aide militaire fournie à l’Ukraine par l’Occident n’aura aucun impact notable sur un champ de bataille où la Russie affirme un peu plus chaque jour sa domination.

Non seulement l’équipement fourni est insuffisant. Des centaines de véhicules blindés ne peuvent remplacer les plus de 2580 véhicules perdus par l’Ukraine à ce jour, pas plus que des dizaines de pièces d’artillerie ne peuvent compenser les plus de 1410 canons d’artillerie et lance-roquettes détruits par l’armée russe.

Lorsque deux forces militaires de taille et de capacité égales s’affrontent, elles cherchent à acquérir un avantage opérationnel par l’attrition des capacités de leur adversaire qui, combinée à une manœuvre efficace de leurs propres forces, met l’adversaire dans une situation intenable.

La transition d’une bataille d’égal à égal à la victoire militaire décisive est souvent rapide, car elle représente le point culminant de la suprématie acquise sous forme d’une puissance de feu et de manœuvre réunies de manière synchronisée, créant une série de dilemmes tactiques et opérationnels pour lesquels l’adversaire n’a aucune solution viable.

Situation sur le terrain à la date du 5 mai. Cartographie de l'armée française, moins fantaisiste que ce que l'on trouve dans la presse.
Situation sur le terrain à la date du 5 mai. Cartographie de l’armée française, moins fantaisiste que ce que l’on trouve dans la presse.

Telle est la situation actuelle de l’armée ukrainienne face aux Russes dans le Donbass. Les Ukrainiens, dépourvus de tout soutien d’artillerie significatif, sont à la merci de l’artillerie et des lance-roquettes russes qui pilonnent leurs positions jour après jour, sans répit. Les troupes russes ont adopté une approche délibérée dans l’engagement avec leurs adversaires ukrainiens. Finies les avancées rapides de colonnes et de convois non protégés ; désormais, elles isolent les défenseurs ukrainiens, les pilonnent avec l’artillerie, puis se rapprochent prudemment et détruisent ce qui reste avec l’infanterie soutenue par des chars et des véhicules de combat blindés.

Le ratio de pertes dans ces combats est impitoyable pour l’Ukraine, se comptant par centaines de soldats chaque jour, tués, blessés ou de personnes qui se sont rendues, alors que les pertes russes se mesurent en dizaines.

Non seulement la Russie peut manœuvrer pratiquement à volonté le long du front en se rapprochant des défenseurs ukrainiens et en les détruisant, mais les troupes russes opèrent également avec une liberté absolue en profondeur, ce qui signifie qu’elles peuvent se retirer pour se ravitailler, se réarmer et se reposer sans craindre les tirs d’artillerie ou les forces de contre-attaque ukrainiennes.

Les Ukrainiens, quant à eux, restent cloués au sol, incapables de se déplacer sans risquer d’être détectés et détruits par la puissance aérienne russe, et donc condamnés à rester isolés et être détruits par les troupes russes le moment venu.

Il n’y a pratiquement aucun espoir de renfort ni de secours pour les forces ukrainiennes opérant sur les lignes de front : la Russie a neutralisé les lignes ferroviaires qui servaient de voie de ravitaillement, et la probabilité pour les forces ukrainiennes qui ont reçu des armes lourdes fournies par l’Occident, qu’elles puissent rejoindre les lignes de front avec une force discernable est pratiquement nulle. La bataille du Donbass atteint désormais son point culminant, alors que l’armée ukrainienne passe rapidement d’une force capable d’assurer un semblant de résistance, à une force ayant perdu toute capacité de combat significative.

Telle est la situation à l’aube du troisième mois de l’opération militaire russe en Ukraine. Si la fin d’un conflit est toujours une question politique, une chose est sûre : si l’opération se prolonge pendant un quatrième mois, le champ de bataille sera très différent de celui que le monde voit aujourd’hui.

La bataille pour le Donbass et l’est de l’Ukraine est pratiquement terminée. C’est la dure réalité, et aucun vœu pieux ni aucune gestion de la perception de la part de Zelensky ou de ses partenaires américains ne peuvent y changer quoi que ce soit.

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

  • bostephbesac • 06/05/2022 - 16:05

    Bataille du Donbass terminée ? A mon avis, on en est encore loin, surtout avec des dingues comme le Zelinsky, Bidenou, et le Boris d’ Angleterre . Mais l’ issue parait irrémédiable ! Alors, la question qui m’ inquiète : que vont inventer nos "otaniens" pour la faire durer ? Inquiétude, car ces gens là ont montré qu’ ils sont capables de tout............y compris du pire !

    • Golio • 06/09/2022 - 15:14

      On en pense quoi aujourd’hui ? (non non pas de sarcasme)

    Répondre à ce message

Déplier les commentaires||Replier les commentaires
Vous souhaitez aider ? Adhérer, faire un virement mensuel, participer à un stand militant ? Prenez contact avec nous.

Réparation, Reconstruction, Refondation
25 May 2020
Feuille de route S&P
Réparation, Reconstruction, Refondation
NOUVELLE VIDEO !

Ukraine Russie : à quoi ressemblera la paix
8 avril
Analyses
NOUVELLE VIDEO !
Ukraine Russie : à quoi ressemblera la paix
Livraison d’armes lourdes en Ukraine : pourquoi nous sommes devenus des 'cobelligérants'
2 mai
Chroniques stratégiques
Livraison d’armes lourdes en Ukraine : pourquoi nous sommes devenus des ’cobelligérants’ 
Dr Georges Koo : Washington et Londres veulent faire perdurer la guerre en Ukraine
7 avril
Chroniques stratégiques
Dr Georges Koo : Washington et Londres veulent faire perdurer la guerre en Ukraine

Don rapide

Pour quoi se bat  ?

« Élever à la dignité d’homme tous les individus de l’espèce humaine » Lazare Carnot

Solidarité et progrès est le parti du travail humain. Nous voulons :
- que les capacités créatrices de chaque être humain soient libérées pour le bien commun ;
- que personne ne puisse être exploité ou abusé ;
- que les féodalités financières soient mises hors d’état de nuire.

Notre but est donc de vaincre la City, Wall Street et leurs complices européens. En menant :
Une politique internationale de détente, d’entente et de coopération entre peuples et nations, dont les Nouvelles Routes de la soie sont l’amorce. Comme on ne peut les bâtir sur le sable mouvant du système dollar actuel, construisons-les avec le ciment d’un nouveau système monétaire international, ce Nouveau Bretton Woods pour lequel nous nous battons avec nos alliés dans le monde.
Une politique de crédit public national finançant en priorité l’école, la production, l’hôpital et le laboratoire. Le nécessaire préalable pour libérer ce crédit est une moralisation de la vie bancaire (un Glass-Steagall contre les spéculateurs). Mettons-le en place, comme à la Libération !
La dissolution de l’Union européenne, de l’euro et de l’OTAN, instruments de l’oligarchie financière. Associons-nous avec les autres pays d’Europe et du monde en vue de grands projets de développement mutuel : espace, essor de l’Afrique libérée du franc CFA, économie bleue, énergie de fusion, numérique, création d’emplois qualifiés.

La France doit donner l’exemple. Battons-nous donc ensemble, avec l’arme d’une culture de la découverte et du rire contre le respect qui n’est pas dû.

La politique de en vidéo

Animations réalisées lors de la campagne présidentielle Cheminade 2017.

» Voir le projet complet

en chiffres

La part des dons de personnes physiques dans les ressources financières de S&P.

Le nombre de candidats présentés par S&P lors de 116 campagnes électorales locales et nationales.

Fondation de Solidarité & progrès suite à la dénonciation du "cancer financier" par Jacques Cheminade.

La part allouée à S&P sur les 70 millions d’aide de l’Etat aux partis politiques.

Actions politiques et citoyennes entreprises (au minimum !) par S&P sur une année.

a vu juste sur...

La crise financière de 2008

Lors de sa campagne présidentielle de 1995, où Jacques Cheminade met en garde contre la spéculation insensée sur l’immobilier et les produits dérivés. Il publie ensuite son alternative au monétarisme dans l’ouvrage « Un plan de relance par le crédit productif public. »

La dérive néo-conservatrice de l’administration Obama

Ainsi que nos amis américains, nous avons dénoncé l’emprise du parti de la guerre sur l’administration Obama bien avant le scandale des écoutes illégales ou celui des assassinats "extra-judiciaires", y compris de citoyens américains.

La nature de la guerre en Syrie et le terrorisme

S&P a démasqué dès 2012 (vérifie) l’instrumentalisation des mouvances terroristes pour renverser certains régimes, dont la Syrie.

L’extrême-droite et néo-nazis en Ukraine

Dès le rejet du traité de libre association par le gouvernement ukrainien fin 2013, nous dénoncions le soutien insensé des occidentaux à des mouvances néo-nazies dans le but d’élargir l’OTAN aux frontières de la Russie.

La confiscation des dépôts bancaires ou "bail-in"

Bien avant janvier 2016 et l’application effective d’une directive européenne permettant de renflouer les banques avec l’argent des déposants, nous avons dénoncé dès 2013 cette logique confiscatoire et destructrice.

Le Tsunami financier qui vient

C’est vrai que beaucoup d’économistes en parlent, en tout cas bien plus qu’avant la crise de 2008 ! Et pourtant aucun ne défend la politique de crédit public démocratique qui nous permettrait d’éviter un choc économique sans précédent.

et la vraie Europe

La vraie question est la nécessité de mettre en place un nouvel ordre économique international fondé sur le développement mutuel, en partenariat avec la conception de la Nouvelle route de la soie que portent les BRICS.

L’Union européenne (UE) est devenue le cheval de Troie de la mondialisation financière, de la City et de Wall Street. L’euro en est le vice financier et l’OTAN le bras armé. C’est pourquoi il faut en sortir, mais pas pour faire un saut dans le vide.


L'euro, et pourtant il coule

Il faut refonder la vraie Europe, l’Europe des peuples, des patries et des
projets, la version du plan Fouchet de 1962 pour le XXIè siècle. Il ne s’agit pas de revenir en arrière mais de repartir de l’avant, avec une monnaie commune de référence porteuse de grands projets : ni monnaie unique servant l’oligarchie financière, ni deux monnaies qui ne seraient pas gérables.

Une vraie Europe ne peut se construire sans réelle participation citoyenne. Construisons une France et une Europe que serve réellement le progrès économique et social, contre tout dévoiement financier et géopolitique.

pour une écologie humaine

S&P promeut une écologie responsable et humaine, s’inspirant notamment des travaux de Vernadski sur la Biosphère et la Noosphère.

Nous condamnons les mouvements obscurantistes qui prônent un écologisme "Malthusien" (l’idéologie de Thomas Malthus) qui considèrent que les ressources de la planète sont limitées. Ces mouvements aboutissent fatalement à la conclusion inadmissible qu’il faut imposer une politique de dépopulation.

Ainsi, la première des ressources est pour nous la créativité humaine, la faculté qu’a l’Homme de comprendre et de transformer le monde qui l’entoure.

L’être humain a une responsabilité, et c’est pour cela qu’il faut sortir de la mondialisation prédatrice.

et l’énergie

Il est fou de vouloir sortir du nucléaire, qui est l’expression d’une découverte humaine. Cependant, il doit être réinventé pour en faire un nucléaire citoyen du XXIe siècle, qui nous donnera les moyens d’accueillir les générations futures.
Nous sommes pour la conception de réacteurs de IVe génération et la mise en place d’un programme de recherche accéléré vers la fusion thermonucléaire contrôlée.

Le nucléaire du futur n’est pas un mal nécessaire. Il doit impliquer une société plus juste, plus inclusive et plus responsable, sans quoi - comme toute autre découverte - il serait réduit à un instrument de domination.
Le nucléaire est, enfin, la "clé" de l’énergie nécessaire à la propulsion des voyages spatiaux, qui définissent l’étape prochaine de notre Histoire.

Défendre le travail humain, c’est rejeter totalement les logiques actuelles de rentabilité à court terme. Se battre pour le nucléaire, c’est se battre pour le fondement d’un monde élargi et plus juste.

est fier de déranger

Vous trouverez sur internet un lot défraîchi d’étiquettages en tous genres : S&P est qualifié de d’extrême-gauche, d’extrême-droite, financé par le KGB ou par un milliardaire américain (mais volant des vieilles dames), aux idées tour-à-tour farfelues et dangereuses, et bien évidemment adeptes de la théorie du complot !
Le tout visant à dissuader les citoyens de découvrir nos idées et notre engagement.

Mais derrière ces accusations vous avez d’incessantes manoeuvres politiques : rejet du compte de campagne de Jacques Cheminade en 1995, saisie de 170 000€ sur le remboursement de la campagne de 2012, et bien entendu une exposition médiatique réduite au minimum, ou la plus défavorable possible pendant les présidentielles !

Pour nos ennemis ou adversaires, il s’agit d’empêcher que soit comprise par le peuple une politique de crédit public démocratique, la seule arme qui nous permettrait de diriger la finance plutôt que d’être dirigée par elle.

Si S&P dérange, c’est parce que nos idées frappent l’oligarchie financière en plein coeur. Ce combat émancipateur est l’enjeu culturel de notre temps.

Participez à l'effort politique !

Adhérez à S&P, devenez éducateur et créateur de la Nation

Au cours des élections présidentielles précédentes, de 2012 et 2017, nous avons entrouvert une porte, car nous avons été les seuls à poser les défis qui sont devant nous.

Nous rentrons dans un monde tout-à-fait instable, dangereux, et sans majorité politique.
Un monde qui peut rentrer en crise à tout moment, y compris avec un risque de guerre.

En adhérant à Solidarité & progrès, en apportant vos moyens financiers et humains, nous pourrons ensemble franchir le seuil de la porte et faire ce qui est nécessaire.
Aller vers un futur qui soit vivable, meilleur, plus juste.

Jacques Cheminade
Faire un don et adhérer plus tard