Entretien avec le Pr Jean Costentin
Les Français sont, parmi les 27 Etats européens, les premiers consommateurs de cannabis avec 1.500.000 usagers réguliers dont 1.000.000 d’usagers quotidiens et souvent multi quotidiens.
Certains candidats à l’élection présidentielle, ainsi que certains Etats voisins, évoquent désormais la perspective d’une légalisation du cannabis.
Entretien avec le Pr Jean Costentin, auteur de nombreux livres sur le sujet.
Propos recueillis par Agnès Farkas.
Agnès Farkas : La France se dirige vers la légalisation du cannabis tout comme ses voisins européens, remettant ainsi en cause la loi de 1970 qui le prohibe. Quelles seraient, selon vous, les conséquences d’une légalisation sur la population ?
Jean Costentin : Le pire n’étant jamais sûr, je me prends à espérer que notre nation ne copie pas ce que certains de nos voisins feraient de plus mal. Le temps qui passe peut nous laisser celui qui permettra à la raison de s’imposer. Une course de vitesse est engagée entre l’impatience des uns à commettre l’irrémédiable et l’accumulation de données qui vont toutes à l’encontre d’une légalisation du cannabis.
Pour synthétiser les plus graves conséquences à redouter d’une légalisation, je me contenterais d’être énumératif :
C’est sans compter les conséquences psychiatriques sur les consommateurs.
Jean Costentin : En effet, à une légalisation du cannabis s’associerait une explosion des affections psychiatriques, alors que nos hôpitaux psychiatriques sont déjà débordés.
C’est un véritable désastre humain.
Jean Costentin. Il y a plus grave encore : ceux qui s’exposent au THC, par un « tagage » de la chromatine de certains de leurs gènes, modifient au très long cours l’expression de ces gènes ; et exposant leurs gamètes (spermatozoïdes pour eux, ovules pour elles) , ils transféreront aux enfants qu’ils pourraient concevoir des modifications de l’expression de certains de leurs gènes.
Il a été montré que ce mécanisme sous tend la vulnérabilité de leur progéniture aux toxicomanies à l’adolescence, à certaines maladies psychiatriques (autisme, schizophrénie, dépression), à leurs réactions au stress, à leurs capacités cognitives, à leurs défenses immunitaires. « Les parents ont fumé le cannabis vert et leurs enfants en ont eu les neurones agacés » (en adaptant une formule du livre d’Ezéchiel).
Quels sont les intérêts des décideurs politiques, qui me semblent pernicieux, à la légalisation des drogues ? Cette dépénalisation n’est pas seulement française. Une action internationale contre la production de drogue est-elle envisageable, et dans ce cas, existe-t-il des organismes internationaux qui puissent intervenir directement à la source de production ?
Jean Costentin : Cette question est en dehors de ma sphère d’expertise, aussi suis-je réduit à n’exprimer que des hypothèses.
La demande de légalisation émane d’écologistes appelant de leurs vœux une régression économique ; le THC induisant une aboulie, le renoncement, la paresse, l’absence d’ambition, le contentement de peu, s’inscrit bien dans leur projet.
Peut-on parler d’un enjeu politique par la libéralisation de la consommation de cannabis ?
Jean Costentin : Dans la compétition internationale rendue plus aiguë par la mondialisation, les nations concurrentes auraient à gagner que la nôtre comporte une forte proportion de sujets abêtis, passifs, démotivés, répugnant à se former, asthéniques, rendant le match plus facile à gagner.
Le Pr. Constentin a aussi déclaré : Dans le conflit civilisationnel qui se dessine, le gagnant sera celui qui saura éviter aux siens de s’anéantir avec les drogues dans les toxicomanies.
Peut-on envisager une éducation de la population sur les conséquences de la consommation du cannabis et des cannabinoïdes sous leurs diverses formes ?
Jean Costentin : La solution de ce très grave problème, à la fois sanitaire, social et sociétal passe d’abord par l’éducation. Si la France est le plus gros consommateur en Europe de cannabis, elle est aussi la nation dans laquelle rien n’est fait pour l’information de ses enfants à cet égard. Ç’en est au point où l’Observatoire Européen des Drogues et Toxicomanies (OEDT) a décerné un carton rouge à la France pour sa défaillance notoire en matière d’information et de pédagogie sur ce sujet.
La justice est, elle aussi, totalement défaillante quant à la condamnation des consommateurs et des dealers. Le dernier florilège, pour l’en dessaisir, réside dans l’infliction d’une amende de 200 €, en solde de tout compte, pour le contrevenant. En l’absence de toute mémoire, l’infraction peut se répéter une multitude de fois au même prix ; l’amende n’étant d’ailleurs pas inéluctablement payée…
Il n’y a pas de trafic, ni de deal, s’il n’y a pas des consommateurs, si l’argent de poche ne coule pas à flot, si les parents ne sont pas déresponsabilisés. Ils doivent pouvoir être taxés, eux aussi, pour les errements de leurs enfants mineurs, sur les allocations qui leur sont versées pour les aider à assurer l’éducation qu’ils donnent à leurs enfants. Ces derniers doivent payer en travaux d’intérêt général, qui doivent être encadrés d’une façon rigoureuse.
Je vous laisse le mot de la fin.
Jean Costentin : « Où il y a une volonté, il y a un chemin », mais où prévalent l’indifférence, la négligence, la méconnaissance délibérée, la dissimulation, la démagogie, l’idéologie, de sordides intérêts aux antipodes de l’humanisme, insoucieux du sort de notre société, des familles, de la communauté nationale, de notre civilisation, la drogue est une arme fatale pour des desperados de tous types.
Il appartient à ceux encore préservés par ses effets destructeurs une véritable union pour préserver nos concitoyens en luttant de toutes nos forces contre sa légalisation. C’est, pour notre société, « la mère des batailles ».
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