Pensée, liberté, responsabilité
Pro-masque ou anti-masque ? Complotiste ou progressiste ? Pro-Raoult ou anti Raoult ? Ecolo, nucléocrate ? Pro-Européen, nationaliste ? Démocrate, pro-chinois ? Etc.
Voilà le contexte biaisé dans lequel s’est inscrit le supposé « débat » sur le vaccin obligatoire et le pass sanitaire, bien avant l’allocution du président Macron. Voilà comment un débat qui aurait dû être rationnel sur la santé publique s’est transformé en injonction politique culpabilisatrice vis à vis de ceux qui sont victimes.
D’emblée, les personnes encore hésitantes à se faire vacciner ont été cataloguées d’« antivax » et de complotistes. Pire qu’un sophisme médiatique, nous assistons, à l’heure où plus que jamais la science et la pondération sont de mise, à de la manipulation… Une de plus dans le grand tumulte organisé et assourdissant de la pensée. Sans compter les méthodes aussi dignes de nudging qu’indignes de dirigeants d’un pays : infantilisation, culpabilisation, chantage, division ; enfin, stigmatisation des soignants, après les avoir épuisés à la tâche et dépouillés de tous moyens, y compris salariaux. Pourquoi eux n’auraient pas de raisons légitimes de s’interroger ? Qu’ils s’interrogent, eux : n’est ce pas cela qui devrait interroger nos dirigeants ?
Alors, que penser d’un pays « éclairé » – celui-là même qui vit naître Pasteur et la tradition des pasteuriens – en venant au chantage et à la coercition pour convaincre de se faire vacciner ? Ne doit-on pas y voir le même signe de déclin et d’impuissance que lorsqu’au lieu de faire le pari du dialogue et de la main tendue au niveau international, on brandit la sanction, la propagande et la menace militaire à la moindre suspicion ?
La punition et la restriction ont donc remplacé l’éducation, la pédagogie, la bienveillance. Un comble quand on voit que les valeurs aujourd’hui promues au sein de l’Education nationale sont précisément l’inverse !
Mais l’adhésion du sentiment était-elle possible à l’heure où la défiance envers le gouvernement n’a jamais été aussi forte ? A l’heure de la violence des réformes économiques et sociales (y compris celles annoncées dans l’allocution de M. Macron), à l’heure des coupures budgétaires partout, et encore et toujours dans le système de santé ? Alors qu’on a refusé, au début, de construire des hôpitaux de campagne, de tester, de proposer des masques, de fermer les frontières quand il en était encore temps ? Quand on a envoyé au front les soignants sans blouses ni gants ?
Comment susciter la confiance après avoir écarté les médecins de ville de la prise en charge des malades ? Prescrire, tâtonner empiriquement à la faveur de la connaissance médicale et de la réalité individuelle des patients fait pourtant partie de leur métier. Au lieu d’organiser une remontée des expériences de terrain et un dialogue entre chercheurs et praticiens pour faire évoluer les protocoles, au lieu de faire corps avec tous les personnels de soin, on a créé les conditions de leur division.
Le recours systématique à l’approche statistique « off shore » basée sur les essais randomisés, non seulement ne fait pas l’unanimité dans la communauté scientifique et médicale, mais n’est pas exempte de biais ou de zones d’ombres. Les scandales du « Lancetgate » ou du remdisivir en sont un caricatural et triste exemple. Le comble est que malgré les moyens déployés pour les essais, on en est resté à la doctrine du « restez chez vous et prenez un doliprane » (à ceci près qu’on a tout de même d’avantage sensibilisé sur la surveillance à domicile de la saturation en oxygène). Il est difficile de concevoir que l’absence de prise en charge précoce des malades n’ait pas contribué a accroître significativement le nombre de cas de réanimations et de décès.
Deux choses :
Toutefois :
Au-delà de toute polémique inutile et stupide, l’approche du docteur Raoult sur la question nous semble raisonnable. Notons au passage son engagement depuis un an avec ses équipes contre la Covid-19 et pour le partage des connaissances de la maladie, et ce en dépit des multiples frondes. Rappelons également que l’IHU de Marseille a été fondé sur l’exemple du volontarisme de la Chine en matière technique, scientifique et médicale de pointe. Son idée était de développer plusieurs centres « à la Vauban » de même nature en France, afin d’être à la pointe en terme de veille épidémiologique, de réponse sanitaire en cas d’épidémie, et de dialogue entre recherche et pratique médicale de terrain. Au regard de la situation actuelle, on ne peut que regretter amèrement que les autorités n’aient pas suivi de tels conseils.
Comme lui nous pensons a priori qu’il aurait été préférable – et qu’il est souhaitable pour la suite – de privilégier un vaccin dit « traditionnel » (à virus atténué ou désactivé, etc.) (à ne pas confondre avec l’adénovirus atténué comme AstraZeneca, Johnson&Johnson ou même Spoutnik V). D’une part car on en maîtrise d’avance la nature et le type d’effets secondaires – surtout quand dans une période d’urgence on doit accélérer certaines phases d’essai ; et d’autre part parce que face à un virus instable comme la Covid-19, il est a priori plus raisonnable de créer une réponse immunitaire plus « générique » qui ne cible pas uniquement un aspect du virus – la protéine spike – mais l’ensemble du virus, afin d’éviter la possibilité que celui-ci ne s’adapte en mutant. Le vaccin à virus atténué pourrait au besoin donner lieu, comme pour la grippe, à un mélange de plusieurs souches, et être ainsi réajustable en fonction des variants. Toujours selon M. Raoult, les chiffres sur le premier vaccin chinois à virus atténué émanant d’une étude chilienne (sur 17 millions de vaccinés contre 5 millions de non vaccinés), sont à ce titre intéressants : 65 % de protection contre toute infection, 87 % contre l’hospitalisation, 90 % contre la réanimation et 86 % contre les décès. Des chiffres qui semblent raisonnables, et plus proches des réalités de terrain observées pour Moderna et Pfizer que de leurs effets d’annonce initiaux.
Que cela passe ou ne passe pas, le pass sanitaire resserré (qui a pour but revendiqué d’ostraciser et de jeter à la vindicte populaire les non-vaccinés) est, avec la vaccination obligatoire des soignants, le marche-pied vers la vaccination obligatoire pour tous. Ce n’est qu’une question de temps.
Précisons toutefois que ces notions existent déjà, notamment pour se rendre dans les pays sous-développés encore fortement exposés à certaines maladies : le passeport vaccinal contre la fièvre jaune en est un exemple. La différence est qu’il ne concerne pas toute une population et se fonde sur une décision personnelle, en l’occurrence celle de voyager vers une destination risquée ; et qu’il concerne des vaccins éprouvés en terme d’efficacité et d’innocuité (de même pour les 11 vaccins obligatoires sur les nourrissons – même si on peut comprendre qu’un débat existe sur le sujet).
Cela étant dit, au regard de tout ce que nous avons dit précédemment et des problèmes que posent les vaccins actuellement disponibles, nous ne pouvons que nous opposer au pass sanitaire, dans les conditions où il est conçu et imposé à tous, et à la vaccination rendue de fait obligatoire par une « manip » indigne.
Non seulement ils sont un aveu de l’échec du gouvernement à convaincre et susciter l’adhésion des Français, mais ils auront précisément comme conséquence d’accroître cet échec ! D’autant qu’ils arrivent dans la continuité des différents dispositifs d’exception et de restriction des libertés mis en place depuis les attentats terroristes et les manifestations des Gilets jaunes. Notons également que le pass sanitaire entre, sous sa forme dématérialisée, en conjonction avec la préparation du Health Data Hub.
Les quelques premiers rétropédalages montrent que le gouvernement est sur le fil du rasoir : ces décisions entrent en contradiction avec plusieurs textes concernant les libertés et le rapport de l’individu à la santé. Citons-en deux :
Aujourd’hui, les manifestants crient à la liberté perdue. Ceux qui ne manifestent pas sont désorientés ou soumis. Mais attention : il ne s’agit pas seulement de liberté de vivre et de circuler, de la « sûreté individuelle ». La liberté est aussi morale. Elle est aussi fondée sur la raison et la nécessité : être en mesure de discerner ce qui est vrai et nécessaire, pour soi mais aussi pour la collectivité. Cela suppose d’être en capacité de savoir et de penser. De cette capacité fondamentale, notre « démocratie » est en train de nous priver. Cela a commencé bien avant le pass sanitaire.
Friedrich Schiller, Lettres sur l’éducation esthétique de l’Homme.
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